{"id":490,"date":"2026-10-09T11:58:36","date_gmt":"2026-10-09T11:58:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/?p=490"},"modified":"2026-10-09T12:01:04","modified_gmt":"2026-10-09T12:01:04","slug":"dans-le-village-marocain-des-morts-perdus-de-la-patera-pour-1-400-e-a-la-morgue-de-cadix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/?p=490","title":{"rendered":"Dans le village marocain des morts perdus: de la patera pour 1 400 \u20ac \u00e0 la morgue de Cadix"},"content":{"rendered":"<p><strong>Dans le village marocain des morts perdus: de la patera pour 1 400 \u20ac \u00e0 la morgue de Cadix<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-491\" src=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1-300x170.png\" alt=\"\" width=\"454\" height=\"257\" srcset=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1-300x170.png 300w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1.png 617w\" sizes=\"auto, (max-width: 454px) 100vw, 454px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Mohamed Srit et son \u00e9pouse, Mennana, montrent une photo de leur fils Abdelkhalek, tu\u00e9 dans une bouilloire\u00a0Marcos Moreno<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/reportajes\/\">RAPPORTS\u00a0<\/a>\u00a0UNE ANN\u00c9E DE TRAG\u00c9DIE<\/p>\n<p>En novembre 2018, un navire avec 48 immigrants a fait naufrage.\u00a026 personnes se sont noy\u00e9es.\u00a0Huit d&rsquo;entre eux venaient de Souk el Had.<\/p>\n<p>9 novembre, 2019\u00a002:53<\/p>\n<p>&#8211; Je veux juste voir ce qu&rsquo;il est, \u00e9treindre mon cadavre aussi mal que moi et l&rsquo;enterrer.<\/p>\n<p><strong>Mohamed Srit<\/strong>\u00a0est un humble agriculteur et agriculteur de\u00a0<strong>Souk el Had,<\/strong>\u00a0un village isol\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur du\u00a0<strong>Maroc<\/strong>\u00a0o\u00f9 les 120 familles qui y habitaient ne connaissaient l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 que depuis quelques ann\u00e9es.\u00a0L&rsquo;endroit semble ancr\u00e9 dans un autre si\u00e8cle, lorsque le temps avait une valeur diff\u00e9rente de celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.\u00a0Beaucoup de leurs voisins ne connaissent pas la date de leur naissance et certains, au lieu de voitures, utilisent des voitures tir\u00e9es par des chevaux et des \u00e2nes pour se d\u00e9placer.<\/p>\n<p>Il y a un an,\u00a0<strong>Mohamed a<\/strong>\u00a0involontairement pay\u00e9 son fils\u00a0<strong>Abdelkhalek<\/strong>\u00a0\u00e0 mort.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/mundo\/america\/eeuu\/20191101\/trump-eeuu-tomara-adn-inmigrantes-investigar-delinquen\/440956655_0.html\">Le gar\u00e7on s&rsquo;est embarqu\u00e9 sur une patera qui est tomb\u00e9e.\u00a0<\/a>Il est mort noy\u00e9.\u00a0Malgr\u00e9 le temps \u00e9coul\u00e9, l&rsquo;homme n&rsquo;a pas encore pu l&rsquo;enterrer dans le minuscule cimeti\u00e8re qui se trouve \u00e0 quatre chemins de terre et de boue de sa maison.\u00a0Depuis lors, le corps du gar\u00e7on se trouve dans une morgue \u00e0\u00a0<strong>Cadix en<\/strong>\u00a0attendant d&rsquo;\u00eatre rapatri\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Abdelkhalek<\/strong>\u00a0, 17 ans, \u00e9tait le deuxi\u00e8me des quatre enfants de\u00a0<strong>Mohamed Srit.\u00a0<\/strong>Le gar\u00e7on a insist\u00e9 sur le fait qu&rsquo;il voulait \u00e9migrer en\u00a0<strong>Espagne<\/strong>\u00a0, trouver un emploi parmi les serres d&rsquo;\u00a0<strong>Almeria<\/strong>\u00a0, gagner de l&rsquo;argent, avoir une bonne voiture et laisser derri\u00e8re elle cette vie qui l&rsquo;a forc\u00e9 \u00e0 se lever \u00e0 l&rsquo;aube, \u00e0 s&rsquo;occuper du b\u00e9tail et \u00e0 cultiver la terre.<\/p>\n<p>Pour convaincre le p\u00e8re,\u00a0<strong>Abdelkhalek<\/strong>\u00a0lui a expliqu\u00e9 que les quatre derniers bateaux sortis avec des gar\u00e7ons du m\u00eame village ont r\u00e9ussi \u00e0 traverser le\u00a0<strong>d\u00e9troit<\/strong>\u00a0sans mourir\u00a0, cette langue de mer qui s\u00e9pare l&rsquo;\u00a0<strong>Europe<\/strong>\u00a0de l&rsquo;\u00a0<strong>Afrique<\/strong>\u00a0comme dans un baiser qui ne s&rsquo;interpose jamais entre eux. Continents\u00a0Finalement, Mohamed a donn\u00e9 \u00e0 son fils les \u00e9conomies d&rsquo;une vie.\u00a0Un matin, il a mis entre ses mains\u00a0<strong>14 000 dirhams (environ 1 400 euros).\u00a0<\/strong>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;argent dont l&rsquo;enfant avait besoin pour payer la mafia qui l&#8217;emm\u00e8nerait dans la p\u00e9ninsule.<\/p>\n<p>Le gar\u00e7on est mont\u00e9 sur une patera le samedi 3 novembre 2018. 47 autres personnes, principalement d&rsquo;origine marocaine, sont parties avec lui dans ce m\u00eame bateau.\u00a0Ils ont navigu\u00e9 d&rsquo;une plage au nord-ouest du pays, entre\u00a0<strong>Sal\u00e9 et Rabat,<\/strong>\u00a0la capitale du\u00a0<strong>Maroc.\u00a0<\/strong>Abdelkhalek connaissait d\u00e9j\u00e0 huit des personnes qui l&rsquo;accompagnaient.\u00a0C&rsquo;\u00e9taient des jeunes de\u00a0<strong>Souk el Had,<\/strong>\u00a0comme lui.\u00a0Deux jours plus tard,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/mundo\/20191106\/macron-endurece-control-inmigracion-quitar-argumentos-pen\/442456697_0.html\">la patera entra\u00een\u00e9e par un petit moteur a fait naufrage des plages de Barbate (Cadix) \u00e0 cause d&rsquo;une temp\u00eate.<\/a><\/p>\n<p>Mennana, la m\u00e8re de l&rsquo;enfant noy\u00e9, \u00e0 la porte de sa maison dans le village de Souk el Had.\u00a0Marcos Moreno<\/p>\n<p>22 personnes ont r\u00e9ussi \u00e0 rejoindre la c\u00f4te en vie.\u00a0<strong>Les 26 autres sont morts noy\u00e9s.\u00a0<\/strong>Puis, pendant deux semaines, la mer a expuls\u00e9 des cadavres vers le rivage, de Sanlucar de Barrameda \u00e0 presque\u00a0<strong>Conil.\u00a0<\/strong>L&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre dans une goutte qui grin\u00e7ait l&rsquo;\u00e2me.\u00a0La plupart des corps sont apparus sur la plage de\u00a0<strong>Los Ca\u00f1os de Meca,<\/strong>\u00a0un hameau de Barbate.\u00a0Ce fut la pire trag\u00e9die du d\u00e9troit de ces 15 derni\u00e8res ann\u00e9es.\u00a0Sur les neuf gar\u00e7ons qui venaient de\u00a0<strong>Souk el Had,<\/strong>\u00a0huit sont morts.\u00a0Malheureusement pour Mohamed Srit et son \u00e9pouse, le seul survivant du village n&rsquo;\u00e9tait pas\u00a0<strong>Abdelkhalek.\u00a0<\/strong>Le nom de l&rsquo;enfant a \u00e9t\u00e9 inclus dans la liste des noy\u00e9s.<\/p>\n<p>Le d\u00e9troit a v\u00e9cu en 2018 l&rsquo;une des ann\u00e9es les plus dramatiques des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies.\u00a0Selon l&rsquo;\u00a0<strong>Organisation internationale pour les migrations (OIM),<\/strong>\u00a0777 personnes sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9es, soit plus du triple de celles de 2017, lorsque 223 sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9es\u00a0<strong>.\u00a0<\/strong>En 2019, bien que l&rsquo;arriv\u00e9e des pateras ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite d&rsquo;environ 50%, 319 sont d\u00e9j\u00e0 morts.\u00a0L&rsquo;autre grande trag\u00e9die migratoire de ce si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue en 2003,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/espana\/politica\/20190922\/abascal-ventaja-espana-vacunamos-inmigracion-islamica-reconquista\/431207000_0.html\">lorsque l&rsquo;\u00e9pave d&rsquo;une patera \u00e0 Rota (Cadix) a fait 37 morts.<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/reportajes\/20191109\/souk-had-aldea-marroqui-ahogados-estrecho\/442985707_3.html\">16 photos<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/reportajes\/20191109\/souk-had-aldea-marroqui-ahogados-estrecho\/442985707_3.html\">Souk el Had, le village marocain des noy\u00e9s dans le d\u00e9troit<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/reportajes\/20191109\/souk-had-aldea-marroqui-ahogados-estrecho\/442985707_3.html\">Marcos Moreno<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-492\" src=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/2-300x211.png\" alt=\"\" width=\"363\" height=\"255\" srcset=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/2-300x211.png 300w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/2.png 627w\" sizes=\"auto, (max-width: 363px) 100vw, 363px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Quatre Marocains sans rapatriement<\/strong><\/p>\n<p>Bien que cette ann\u00e9e f\u00fbt une ann\u00e9e de cette trag\u00e9die mardi dernier, le mariage form\u00e9 par\u00a0<strong>Mohamed et Mennana<\/strong>\u00a0n&rsquo;a pas encore pu enterrer Abdelkhalek.\u00a0Ni\u00a0<strong>Youssef Gouireh,<\/strong>\u00a0un autre gar\u00e7on qui vivait \u00e0\u00a0<strong>Souk el Had,<\/strong>\u00a0ni Marouane Kariaa ni Youssef El Maakouli, deux jeunes d&rsquo;un quartier de Sal\u00e9, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de\u00a0<strong>Rabat.\u00a0<\/strong>Ils \u00e9taient \u00e9galement \u00e0 bord de cette patera.\u00a0Avec celui d&rsquo;un Pakistanais, ils\u00a0<a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/mundo\/20191007\/migrantes-muertos-cerca-desaparecidos-naufragio-lampedusa\/434956556_0.html\">sont le seul d\u00e9funt dont les corps n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9s.<\/a><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tat des corps lors de leur d\u00e9couverte n&rsquo;a pas permis de v\u00e9rifier leurs empreintes par rapport aux documents que leurs familles ont envoy\u00e9s du\u00a0<strong>Maroc.\u00a0<\/strong>Maintenant, seul un test\u00a0<strong>ADN<\/strong>\u00a0qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9 depuis tout ce temps pourrait les renvoyer avec leurs proches pour \u00eatre enterr\u00e9s sous la terre d&rsquo;o\u00f9 ils sont partis un jour \u00e0 la recherche du r\u00eave europ\u00e9en.<\/p>\n<p>La patera de la mort est partie \u00e0 l&rsquo;aube le samedi 3 novembre.\u00a0C&rsquo;\u00e9tait venteux et tr\u00e8s froid cette nuit-l\u00e0.\u00a0Le bateau est arriv\u00e9 au large des c\u00f4tes de Barbate \u00e0 l&rsquo;aube du lundi 5.\u00a0<strong>Il a fallu deux jours pour parcourir les 137 milles marins qui s\u00e9parent Los Ca\u00f1os de Meca de la plage de Sal\u00e9 \u00e0 partir de<\/strong>\u00a0laquelle ils ont mis les voiles.\u00a0Le \u00abticket\u00bb comprenait un petit gilet de sauvetage.\u00a0Les gens, surpeupl\u00e9s, pouvaient \u00e0 peine bouger.\u00a0Certains vomissaient.\u00a0D&rsquo;autres ont pri\u00e9 Allah.<\/p>\n<p>Les gardes civils r\u00e9cup\u00e8rent le corps d&rsquo;un des 26 immigrants arriv\u00e9s sur la c\u00f4te de Barbate (Cadix) en novembre 2018.\u00a0EFE<\/p>\n<p><strong>La patera a chut\u00e9 \u00e0 environ 300 m\u00e8tres du rivage,<\/strong>\u00a0bien que certains des immigrants soient morts pendant la travers\u00e9e en raison des coups continus de la mer.\u00a0<strong>Ayub Mabruk,<\/strong>\u00a0un gar\u00e7on de 21 ans qui avait \u00e9t\u00e9 triple champion de kick-boxing dans son pays, est l&rsquo;\u00a0un de ceux qui sont morts en cours de route\u00a0.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/3.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-493\" src=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/3-300x169.png\" alt=\"\" width=\"391\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/3-300x169.png 300w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/3.png 629w\" sizes=\"auto, (max-width: 391px) 100vw, 391px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Organiser ses vacances \u00e0 Souk el Had\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Souk el Had n&rsquo;appara\u00eet<\/strong>\u00a0m\u00eame pas sur les cartes.\u00a0C&rsquo;est un village de maisons dispers\u00e9es qui tourbillonnent autour de petites plantations en plein air et de serres rudimentaires \u00e9rig\u00e9es le long de chemins de terre o\u00f9 ne tient qu&rsquo;une seule voiture.<\/p>\n<p>Souk el Had appartient \u00e0 la commune rurale de\u00a0<strong>Ben Mansour,<\/strong>\u00a0dans la province de\u00a0<strong>K\u00e9nitra.\u00a0<\/strong>Le journaliste et photographe ESPAGNOL a besoin de jusqu&rsquo;\u00e0 trois personnes pour s&rsquo;appeler et se coordonner pour trouver\u00a0<strong>la<\/strong>\u00a0maison de\u00a0<strong>Mohamed Srit.<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque nous arrivons, tard ce mercredi, l&rsquo;obscurit\u00e9 de la nuit ferm\u00e9e est sur le point de tomber sur Souk el Had.\u00a0Mohamed Srit et son \u00e9pouse, Mennana, ouvrent la porte de leur maison et commencent \u00e0 parler dans une sorte de salon qui manque de mobilier et de d\u00e9coration.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/espana\/politica\/20190917\/vox-critica-fiestas-pueblo-marroqui-no-espanola\/429957306_0.html\">C&rsquo;est un endroit avec rien de plus que des plafonds et des murs.<\/a><\/p>\n<p>La pi\u00e8ce n&rsquo;a qu&rsquo;un tapis qui occupe tout le p\u00e9rim\u00e8tre du sol, une table basse ronde en plastique et des coussins sans fin \u00e0 soutenir.\u00a0Au plafond pend une ampoule sans lampe qui donne \u00e0 la rencontre une lumi\u00e8re tamis\u00e9e.\u00a0Les murs ont des taches d&rsquo;humidit\u00e9.\u00a0A l&rsquo;int\u00e9rieur de la maison, le froid de la rue n&rsquo;est pas perceptible.\u00a0Dehors, il y a deux vaches attach\u00e9es \u00e0 un rondin et 20 moutons stagnants.<\/p>\n<p>Mohamed et Mennana expliquent\u00a0<strong>qu&rsquo;ils ne savaient rien de leur fils jusqu&rsquo;au mercredi 7 novembre,<\/strong>\u00a0quatre jours apr\u00e8s son d\u00e9part.\u00a0L&rsquo;un des survivants, un voisin du village, avait appel\u00e9 chez lui pour dire qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 Barbate.\u00a0Mais il a dit autre chose.\u00a0Il a dit\u00a0<strong>qu&rsquo;Abdelkhalek \u00e9tait tomb\u00e9 dans la mer<\/strong>\u00a0et que son corps n&rsquo;\u00e9tait pas apparu.\u00a0Ce voisin a couru chez le Srit et leur a dit que son fils s&rsquo;\u00e9tait probablement noy\u00e9.<\/p>\n<p>Plusieurs voisins de Souk el Had dans le cimeti\u00e8re du village.\u00a0Marcos Moreno<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, la mort a travers\u00e9 le village comme un frisson.\u00a0Des neuf gar\u00e7ons qui \u00e9taient partis dans cette pat\u00e8re, les vagues en avaient aval\u00e9 huit.\u00a0Le duel s&#8217;empare des maisons de Souk el Had.\u00a0Tout le monde a pleur\u00e9 en voyant comment leurs enfants, leurs fr\u00e8res ou leurs voisins avaient perdu la vie.\u00a0Un an plus tard,\u00a0<strong>six des huit morts ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s dans le cimeti\u00e8re du village.\u00a0<\/strong>Ses pierres tombales sont c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.\u00a0Leurs familles ont pu reconna\u00eetre les morts pour les v\u00eatements et pour certains effets personnels trouv\u00e9s.\u00a0D&rsquo;autres ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s par des empreintes digitales.\u00a0Ils doivent encore le faire avec\u00a0<strong>Youssef Gouireh<\/strong>\u00a0et avec le fils de\u00a0<strong>Mohamed et Mennana,<\/strong>\u00a0Mais personne n&rsquo;a pr\u00e9lev\u00e9 un \u00e9chantillon d&rsquo;ADN de leurs parents, comme le pr\u00e9tend un tribunal.<\/p>\n<p>\u00abIl m&rsquo;a demand\u00e9 quatre fois d&rsquo;aller en\u00a0<strong>Espagne.\u00a0<\/strong>J&rsquo;ai dit non \u00bb, explique\u00a0<strong>le<\/strong>\u00a0p\u00e8re\u00a0<strong>d&rsquo;Abdelkhalek.\u00a0<\/strong>\u00abLorsque la patera est arriv\u00e9e et qu&rsquo;il l&rsquo;a d\u00e9couvert, il a dit:\u00a0&lsquo;Regardez, papa, tout le monde est arriv\u00e9 vivant.\u00a0Je veux aussi aller vivre une vie meilleure\u00a0.\u00a0\u00bb\u00a0Finalement, je lui ai donn\u00e9 l&rsquo;argent dont il avait besoin.\u00a0Je regretterai jusqu&rsquo;\u00e0 ma mort.\u00a0Maintenant, je sais que je pr\u00e9f\u00e8re manger ici que d&rsquo;\u00eatre mort noy\u00e9 dans la mer. \u00bb<\/p>\n<p>Mennana, la m\u00e8re du gar\u00e7on de 17 ans dont le corps est toujours \u00e0\u00a0<strong>Cadix, raconte<\/strong>\u00a0que son fils a\u00een\u00e9,\u00a0<strong>Abdelkrim<\/strong>\u00a0, 24 ans, a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 travers\u00e9 par Patera.\u00a0C&rsquo;\u00e9tait en 2017. Mais il est de retour \u00e0 la maison.\u00a0L&rsquo;Espagne l&rsquo;a expuls\u00e9 plus t\u00f4t cette ann\u00e9e.<\/p>\n<p>La femme dit qu&rsquo;elle ne sait pas quel \u00e2ge elle a lorsqu&rsquo;on l&rsquo;interroge \u00e0 son sujet.\u00a0Il sait seulement qu&rsquo;il est n\u00e9 dans ce m\u00eame village.\u00a0<strong>Mennana<\/strong>\u00a0, petite et timide, porte un mouchoir sur la t\u00eate et sert du th\u00e9 pendant l&rsquo;interview.\u00a0Il dit qu&rsquo;il \u00ab\u00a0n&rsquo;a jamais\u00a0\u00bb voulu qu&rsquo;Abdelkhalek se rende en Espagne par bateau.<\/p>\n<p>\u00abNombreux sont ceux qui sont partis et qui se sont noy\u00e9s dans la mer.\u00a0Mon fils a fini comme \u00e7a.\u00a0<strong>Maintenant je le vois autour de la maison, dans chaque coin, parmi les animaux<\/strong>\u00a0.\u00a0Il \u00e9tait le plus affectueux de mes quatre enfants.\u00a0Il m&rsquo;a tenu.\u00a0J&rsquo;ai travaill\u00e9 pour ne pas le faire.\u00a0La douleur n&rsquo;est plus celle qui la retire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Il y a encore ceux qui veulent y jouer\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Une \u00e9paisse obscurit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9e sur Souk el Had.\u00a0<strong>Mohamed Srit<\/strong>\u00a0accompagne les journalistes dans un endroit qui ressemble \u00e0 un bar.\u00a0Sur les chemins de terre, nous rencontrons des gar\u00e7ons qui partent \u00e0 la recherche d&rsquo;un endroit, peut-\u00eatre de leur maison.\u00a0Tout est loin ici.\u00a0Il n&rsquo;y a pas de lampadaires, pas de trottoirs, pas d&rsquo;entreprises, pas de b\u00e2timents, pas de parcs.\u00a0<strong>Le point de rencontre des jeunes du village est une petite<\/strong>\u00a0boutique en forme de kiosque avec une t\u00e9l\u00e9vision accroch\u00e9e au mur et une vingtaine de chaises en plastique pour s&rsquo;asseoir.\u00a0Ce sont des loisirs pour les jeunes qui ont grandi ici.<\/p>\n<p>Entr\u00e9e du kiosque \/ bar o\u00f9 les jeunes de Souk el Had se rencontrent pour regarder la t\u00e9l\u00e9vision et discuter.\u00a0Marcos Moreno<\/p>\n<p>L&rsquo;un des gars de cet endroit est\u00a0<strong>Rachid.\u00a0<\/strong>Il a 35 ans.\u00a0Son fr\u00e8re\u00a0<strong>Younes<\/strong>\u00a0s&rsquo;est noy\u00e9 il y a un an, lorsque la patera dans laquelle il voyageait s&rsquo;est effondr\u00e9e devant\u00a0<strong>Los Ca\u00f1os de Meca.\u00a0<\/strong>Il a \u00e9galement pay\u00e9 1 400 euros \u00e0 une mafia.\u00a0<strong>Le<\/strong>\u00a0corps\u00a0<strong>de Younes<\/strong>\u00a0est enterr\u00e9 dans le cimeti\u00e8re du village.\u00a0Il est l&rsquo;un des six gar\u00e7ons de\u00a0<strong>Souk el Had<\/strong>\u00a0rapatri\u00e9s.\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 le 13 d\u00e9cembre de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, un mois et demi apr\u00e8s cette trag\u00e9die migratoire.\u00a0Ses empreintes pourraient \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9es par rapport aux dossiers du\u00a0<strong>Maroc.<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 ce jour-l\u00e0 \u00e9tait une honte pour ce village.\u00a0Tout cet endroit est attrist\u00e9.\u00a0Tr\u00e8s peu de gar\u00e7ons veulent aller en Europe maintenant, bien qu&rsquo;il y ait encore ceux qui veulent y jouer.\u00a0Mais que reste-t-il ici?\u00a0Il n&rsquo;y a rien ici.\u00a0Notre pays nous expulse parce que nous n&rsquo;avons aucun moyen de gagner notre vie.<\/p>\n<p><strong>&#8211; Et tes parents, comment ont-ils v\u00e9cu \u00e7a? &#8211; demande le journaliste.<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Mes parents sont tr\u00e8s malades depuis que c&rsquo;est arriv\u00e9.\u00a0La mort de mon fr\u00e8re est transport\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur.\u00a0Ils ne savaient pas qu&rsquo;il \u00e9tait parti.<\/p>\n<p><strong>&#8211; Avez-vous d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 \u00e0 \u00e9migrer?<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Oui beaucoup.\u00a0Mais plus maintenant.<\/p>\n<p><strong>&#8211; Vivre ici implique-t-il de choisir entre la patera ou une vie extr\u00eamement difficile?<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Oui, mais je pr\u00e9f\u00e8re cela au risque de mourir.\u00a0Un d\u00e9c\u00e8s dans ma maison suffit.<\/p>\n<p>Le visage de votre enfant dans les rues<\/p>\n<p>Le lendemain de son passage \u00e0 Souk el Had, EL ESPA\u00d1OL rend visite \u00e0 deux familles de\u00a0<strong>Laayayda,<\/strong>\u00a0un quartier peupl\u00e9 de Sal\u00e9, une ville de\u00a0<strong>890 000 habitants situ\u00e9e dans la p\u00e9riph\u00e9rie de Rabat.\u00a0<\/strong>C&rsquo;est un quartier avec son souk, ses caf\u00e9s et ses magasins de jus et d&rsquo;\u00e9pices naturels.\u00a0De l\u00e0, ils ont laiss\u00e9 une trentaine de gar\u00e7ons qui sont mont\u00e9s dans cette pat\u00e8re.\u00a0La plupart des corps ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9s.\u00a0Mais pas deux.\u00a0Celles de\u00a0<strong>Youssef El Maakouli et Marouan Kariaa<\/strong>\u00a0pas encore.<\/p>\n<p>Aicha, la m\u00e8re de Youusef el Maakouli, tient une photo de son fils d\u00e9c\u00e9d\u00e9.\u00a0Marcos Moreno<\/p>\n<p>Youssef El Maakouli avait 21 ans.\u00a0C&rsquo;\u00e9tait m\u00e9canique.\u00a0Il a travaill\u00e9 dans l&rsquo;atelier de l&rsquo;un de ses cinq fr\u00e8res.\u00a0Il avait l&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e9conomique.\u00a0Sa m\u00e8re,\u00a0<strong>Aicha<\/strong>\u00a0, dit qu&rsquo;il \u00e9tait le plus farceur et affectueux de ses six enfants.\u00a0\u00abMaintenant, \u00e0 chaque f\u00eate ou r\u00e9union de famille, plus personne ne rit.\u00a0Depuis qu&rsquo;elle est morte, je descends la rue comme un fou.\u00a0<strong>J&rsquo;imagine que quelqu&rsquo;un va m&rsquo;atteindre par derri\u00e8re,<\/strong>\u00a0qu&rsquo;il va mettre sa main sur mon \u00e9paule et que, quand je me retourne, cette personne est Youssef. \u00bb<\/p>\n<p>La\u00a0<strong>famille Youusef el Maakouli a<\/strong>\u00a0appris le 5 novembre 2018 ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9.\u00a0Les survivants ont appel\u00e9 leurs maisons et la nouvelle que de nombreux gar\u00e7ons avaient disparu en mer a travers\u00e9 les rues de\u00a0<strong>Laayayda.\u00a0<\/strong>De l&#8217;embouchure d&rsquo;Amine, l&rsquo;un des gar\u00e7ons qui ont sauv\u00e9 la vie, ils ont appris que la patera avait coul\u00e9 \u00e0 environ 300 m\u00e8tres de la c\u00f4te.\u00a0Le jeune homme est celui qui a appel\u00e9 sa m\u00e8re et lui a demand\u00e9 de venir chez Youssef El Maakouli pour parler \u00e0 ses parents, Lahsan et Aicha.<\/p>\n<p>\u00abNous savions que lorsqu&rsquo;ils ont vu la plage, une vague les a presque compl\u00e8tement coul\u00e9s.\u00a0C&rsquo;est alors que la mer les a emmen\u00e9s dans une zone rocheuse et que la barge les a heurt\u00e9s \u00bb, raconte\u00a0<strong>Brahim<\/strong>\u00a0, le fr\u00e8re de Youssef.\u00a0\u00abBeaucoup de gens sont tomb\u00e9s \u00e0 l&rsquo;eau.\u00a0Youssef savait nager mais a d\u00fb subir un coup s\u00e9v\u00e8re \u00e0 la t\u00eate ou \u00e0 la poitrine. \u00bb<\/p>\n<p><strong>La<\/strong>\u00a0m\u00e8re\u00a0<strong>de Youssef<\/strong>\u00a0est accompagn\u00e9e d&rsquo;une de ses belles-s\u0153urs.\u00a0<strong>Aicha<\/strong>\u00a0tombe en larmes de temps en temps.\u00a0Embrassez la photo du gar\u00e7on pour vous calmer.\u00a0Il dit que son fils d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e9tait le plus jeune de tous, \u00ab\u00a0le b\u00e9b\u00e9 de la maison\u00a0\u00bb.\u00a0Il dit qu&rsquo;il doit enterrer Youssef et pouvoir visiter sa tombe pour \u00ab\u00a0refermer la blessure\u00a0\u00bb.\u00a0\u00abC&rsquo;est comme si son corps \u00e9tait toujours vivant.\u00a0Nous avons \u00e9t\u00e9 une ann\u00e9e de souffrance constante.\u00a0Je prie pour que l&rsquo;Espagne rapatrie mon fils. \u00bb<\/p>\n<p>Brahim, le fr\u00e8re de Youssef, accuse le gouvernement de son pays de nombreux jeunes Marocains risquant leur vie dans le d\u00e9troit.\u00a0\u00abIl n&rsquo;y a aucune opportunit\u00e9 ici.\u00a0Beaucoup d&rsquo;entre nous ont \u00e9tudi\u00e9, nous avons eu du mal \u00e0 aller de l&rsquo;avant.\u00a0Mais le pays nous jette dehors.\u00a0Ici, on ne gagne m\u00eame pas \u00e0 vivre dignement.\u00a0Beaucoup de mes amis pensent qu&rsquo;ils sont d\u00e9j\u00e0 morts au\u00a0<strong>Maroc<\/strong>, ils n&rsquo;ont donc pas peur de mourir en mer. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/4.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-494\" src=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/4-300x225.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/4-300x225.png 300w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/4-326x245.png 326w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/4-80x60.png 80w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/4.png 647w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a> <a href=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/5.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-495 alignright\" src=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/5-300x168.png\" alt=\"\" width=\"402\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/5-300x168.png 300w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/5.png 647w\" sizes=\"auto, (max-width: 402px) 100vw, 402px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>La revendication sur les r\u00e9seaux sociaux<\/strong><\/p>\n<p>A deux rues de la maison d&rsquo;Aicha, o\u00f9 la mort a gliss\u00e9 il y a un an sans pr\u00e9venir,\u00a0<strong>la<\/strong>\u00a0famille de\u00a0<strong>Marouan Kariaa<\/strong>\u00a0vit.\u00a0Ses parents, Omar et Latifa, et son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Rachid, fr\u00e9quentent ce journal.<\/p>\n<p>Les effets personnels de Marouan Kariaa.\u00a0Marcos Moreno<\/p>\n<p><strong>Marouan<\/strong>\u00a0avait 27 ans \u00e0 sa mort.\u00a0Il \u00e9tait couturi\u00e8re, m\u00eame s&rsquo;il savait aussi faire de la ma\u00e7onnerie et avait un permis de chauffeur de taxi et d&rsquo;autobus.\u00a0Lorsqu&rsquo;il a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;aller en Espagne, il \u00e9tait au ch\u00f4mage et la banque venait de lui refuser un pr\u00eat pour d\u00e9marrer sa propre entreprise.<\/p>\n<p><strong>Rachid<\/strong>, son fr\u00e8re, explique que depuis \u00ab\u00a0deux ou trois ans\u00a0\u00bb une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes marocains qui ne d\u00e9passent pas 30 ans est impatiente de quitter le pays port\u00e9e par les r\u00e9seaux sociaux.\u00a0\u00abMon fr\u00e8re a pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 regarder des vid\u00e9os de personnes filmant au milieu de la mer.\u00a0Puis,\u00a0<strong>lorsque beaucoup arrivent, apr\u00e8s quelques mois, ils envoient des photos devant des voitures de luxe<\/strong>\u00a0et dans des restaurants.\u00a0Tout cela n&rsquo;est qu&rsquo;un mensonge, mais\u00a0<strong>ici, beaucoup de gens r\u00eavent de cette vie. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Omar, le p\u00e8re de Marouan, dit que son fils \u00e9tait \u00ab\u00a0fatigu\u00e9\u00a0\u00bb de laisser son CV dans des entreprises de toutes sortes.\u00a0Pendant la r\u00e9union, \u00e0 une occasion, il se retire dans une autre pi\u00e8ce parce qu&rsquo;il ne peut pas arr\u00eater de pleurer.\u00a0L&rsquo;homme dit qu&rsquo;il a toujours essay\u00e9 de retirer la t\u00eate de son fils \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9migrer \u00e0 bord d&rsquo;une patera.<\/p>\n<p>\u00abJe suis totalement contre l&rsquo;immigration ill\u00e9gale.\u00a0<strong>Seuls ceux qui ont un contrat de travail sous le bras devraient partir d&rsquo;ici.\u00a0<\/strong>Mais est-ce possible?\u00a0Pendant ce temps, notre pays ne fait rien pour emp\u00eacher ses enfants de se noyer dans la mer.\u00a0Il y a des gendarmes et des militaires partout sur la c\u00f4te, mais ils regardent tous dans l&rsquo;autre sens parce que les mafias les ont achet\u00e9s.\u00a0C&rsquo;est difficile \u00e0 dire, mais nos gens laissent nos enfants se noyer. \u00bb<\/p>\n<p><strong>La<\/strong>\u00a0m\u00e8re\u00a0<strong>de Marouan<\/strong>\u00a0parle \u00e0 peine.\u00a0<strong>Latifa<\/strong>\u00a0ne peut pas le faire sans fondre en larmes.\u00a0Quand il r\u00e9ussit, il explique le sentiment qu&rsquo;il ressent quand il sort.\u00a0\u00abJe vois le visage de mon fils dans celui des gar\u00e7ons qui traversent le quartier.\u00a0En m&rsquo;approchant d&rsquo;eux, ces visages se transforment et j&rsquo;arr\u00eate de voir Marouan.\u00a0Quand je suis \u00e0 la maison, c&rsquo;est encore pire.\u00a0Si j&rsquo;entends la porte, je pense qu&rsquo;il vient nous dire que tout a \u00e9t\u00e9 une blague.\u00a0C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;ai besoin de son corps, pour savoir une fois pour toutes qu&rsquo;il est mort. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/6.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-496\" src=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/6-300x224.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/6-300x224.png 300w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/6-326x245.png 326w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/6-80x60.png 80w, https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/6.png 615w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Le test ADN qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 fait<\/strong><\/p>\n<p>Sur les 26 morts au Pabate de Barbate,\u00a0<strong>le juge a autoris\u00e9 le rapatriement de 15 d&rsquo;entre eux apr\u00e8s v\u00e9rification des empreintes digitales.\u00a0<\/strong>Ils ont \u00e9t\u00e9 reconnus par six autres familles gr\u00e2ce \u00e0 des photos prises par Mart\u00edn Zamora, le propri\u00e9taire d&rsquo;un salon fun\u00e9raire \u00e0 Los Barrios (Cadix) et la personne qui a d\u00e9j\u00e0 rapatri\u00e9 21 des corps restitu\u00e9s par la mer.\u00a0Soustrayez celui d&rsquo;un Pakistanais et celui des quatre Marocains.<\/p>\n<p>Le salon fun\u00e9raire de Mart\u00edn Zamora a rapatri\u00e9 21 des 26 corps de la patera accident\u00e9e.\u00a0Marcos Moreno<\/p>\n<p>En avril de cette ann\u00e9e\u00a0<a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/espana\/20190913\/gobierno-cierra-frontera-ceuta-entrada-masiva-inmigrantes\/428957643_0.html\">,<\/a>\u00a0les familles des quatre gar\u00e7ons qui continuent \u00e0\u00a0<strong>Cadix<\/strong>\u00a0et d&rsquo;autres qui recherchent leurs proches parmi les morts dans les morgues et les cimeti\u00e8res d&rsquo;Andalousie se sont\u00a0<a href=\"https:\/\/www.elespanol.com\/espana\/20190913\/gobierno-cierra-frontera-ceuta-entrada-masiva-inmigrantes\/428957643_0.html\">rendues \u00e0 la fronti\u00e8re de Ceuta<\/a>\u00a0.\u00a0Ils ont voulu traverser pendant quelques minutes pour que la garde civile prenne des \u00e9chantillons d&rsquo;ADN qui pourraient \u00eatre coll\u00e9s avec celui des cadavres, comme l&rsquo;avait demand\u00e9 le tribunal de Barbate.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s y avoir pass\u00e9 une journ\u00e9e enti\u00e8re, les autorit\u00e9s marocaines ont refus\u00e9 de leur permettre d&rsquo;acc\u00e9der au territoire espagnol alors\u00a0qu&rsquo;elles les attendaient\u00a0\u00e0\u00a0<strong>Ceuta<\/strong>\u00a0.\u00a0De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re se trouvait Mart\u00edn Zamora.\u00a0\u00abJe suis constamment appel\u00e9 par des parents ou des fr\u00e8res qui pleurent.\u00a0Mais je trouve mes mains li\u00e9es.\u00a0La chose logique serait que le juge envoie la garde civile \u00e0 leur domicile pour que des \u00e9chantillons g\u00e9n\u00e9tiques soient apport\u00e9s aux m\u00e8res, o\u00f9 il n&rsquo;y a aucune marge d&rsquo;erreur dans le test.\u00a0J&rsquo;esp\u00e8re que cela arrivera bient\u00f4t pour le bien de ces familles.\u00a0Ils doivent se reposer et pouvoir enterrer leurs enfants. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Dans le village marocain des morts perdus: de la patera pour 1 400 \u20ac \u00e0 la morgue de Cadix Mohamed Srit et son \u00e9pouse, Mennana, <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/www.amsv-maroc.org\/site\/?p=490\" title=\"Dans le village marocain des morts perdus: de la patera pour 1 400 \u20ac \u00e0 la morgue de 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