Crise migratoire dans l’Oriental : Le lourd bilan humain de l’été 2025 révélé par l’AMSV

L’Association Marocaine d’Aide aux Migrants en Situation Vulnérable (AMSV), dont le siège administratif et social est établi à Oujda, a publié son bilan statistique pour la période de juin, juillet et août 2025. Ce document, élaboré par Latifa Bali et Fatima Ouahbi, dresse un état des lieux alarmant des réalités frontalières à travers le traitement et le suivi de 206 dossiers de personnes migrantes en situation de grande vulnérabilité.
Disparitions : l’effroyable coût humain des routes migratoires
Durant ce trimestre d’été, l’accompagnement des familles de disparus a constitué un axe majeur de l’activité de l’association, qui a assuré le suivi de 26 dossiers de disparition. Les statistiques révèlent des drames humains répétés sur plusieurs routes migratoires maritimes et terrestres :
  • La route espagnole a été particulièrement dramatique en juillet, enregistrant la disparition de 9 personnes originaires de Tazaghine.
  • La route de l’Atlantique comptabilise 4 disparitions de personnes originaires de Kalaat Sraghna, Agadir et Laayoune.
  • La frontière algérienne (zones de Berkane, Ain Béni Mathar, Oujda et Taourirt) a vu la disparition de 4 personnes, tandis que 5 ressortissants algériens ont été signalés disparus sur le territoire marocain.
  • Les autres drames se partagent entre les routes des Balkans (3 disparus originaires d’Oujda et Jerrada), la Méditerranée (2 disparus d’Oujda), ainsi que la Libye (1 disparu originaire de Fès) et la Tunisie (1 disparu d’Oujda).
Détentions systématiques et blocages administratifs
La privation de liberté reste l’un des obstacles les plus fréquents pour les personnes en déplacement. L’AMSV a pris en charge le suivi de 70 dossiers de détention sur l’ensemble de la période estivale. Le rapport met notamment en évidence 39 cas de détention en Algérie concernant des personnes originaires de nombreuses localités marocaines, dont Oujda (19 cas), Berkane (4 cas), Béni Mellal (3 cas), ou encore Jerrada, Taourirt, Fès, Azilal et Figuig. Par ailleurs, 3 personnes originaires d’Oujda et de Jerrada ont été détenues sur les routes des Balkans. Face à ces situations de privation de liberté, seules 10 personnes ont été libérées au cours de ces trois mois. Les cas de blocage ont quant à eux concerné 3 personnes (à Guelmim, Tata et Rabat ou en Algérie), l’association assurant le suivi actif d’un dossier de personne bloquée.
Décès et accompagnement des survivants
La dangerosité extrême des parcours s’est tragiquement soldée par le décès de 4 personnes (migrants marocains, algériens et subsahariens) enregistrés entre Oujda, Tafoughalt et Sidi Hazem, l’association assurant le suivi de deux dossiers de décès. Pour atténuer ces souffrances, l’aide humanitaire directe s’est traduite par l’accompagnement de 19 personnes vulnérables. Parmi elles figuraient des ressortissants égyptiens, marocains, nigériens, soudanais et subsahariens localisés principalement à Oujda (16 personnes), Berkane, Taounate et Bouarfa.
Ce bilan chiffré rappelle avec force que derrière la froideur des statistiques se cachent des vies brisées, des familles en attente de réponses et un besoin urgent de renforcer les mécanismes de protection des droits fondamentaux aux frontières.

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