Émigrer pour vivre et non pour mourir » : La société civile transnationale fait entendre la voix des exilés à Rabat

Du 3 au 5 octobre 2025, la ville de Rabat a été le théâtre d’un rassemblement international de premier plan pour la défense des droits humains. La Conférence Transnationale, placée sous le slogan fort « La Parole aux migrant.e.s : Émigrer pour vivre et non pour mourir », a réuni des dizaines d’organisations non gouvernementales, de chercheurs universitaires, de militants et de représentants de communautés migrantes venus d’Afrique du Nord, du Grand Maghreb, du Sahel et d’Europe.
Organisée par l’association ARCOM, en partenariat avec le réseau Afrique-Europe Interact (AE act) et le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH), cette rencontre visait à dénoncer les dérives sécuritaires des régimes frontaliers tout en structurant des alternatives solidaires concrètes.
Une délégation de familles au cœur du plaidoyer
Grâce au soutien de la Fondation Heinrich Böll et du CCFD-Terre Solidaire, l’Association Marocaine d’Aide aux Migrants en Situation Vulnérable (AMSV) a pris une part active aux travaux de la conférence. Au-delà de la présence de deux membres de son bureau exécutif, l’association a accompagné une délégation de cinq représentantes et représentants de familles et proches de migrants disparus, détenus ou décédés. Cette participation a permis de confronter les analyses théoriques et politiques à la dure réalité des drames humains qui se jouent quotidiennement sur les routes de l’exil.
Les politiques migratoires sous le prisme de l’externalisation
Les différents panels de la conférence ont dressé un réquisitoire précis des politiques migratoires actuelles, analysant en particulier l’impact des pressions de l’Union Européenne pour externaliser le contrôle de ses frontières vers les pays du Sud.
  • Au Maghreb et au Sahel, les intervenants ont documenté l’intensification de la répression, abordant sans détour la situation des arrestations et des expulsions massives de personnes migrantes en Algérie et en Tunisie, ainsi que le rôle de pays de transit comme le Niger.
  • La criminalisation de la migration et la détention prolongée ont été analysées comme des outils systémiques de dissuasion. Le président de l’AMSV, Hassane Ammari, est notamment intervenu pour exposer les conditions critiques des personnes emprisonnées et le sort des défunts le long de ces parcours.
  • L’autonomie et l’intégration des femmes ont également fait l’objet de discussions approfondies, particulièrement sous l’angle de l’entrepreneuriat et de la lutte contre la précarité du travail domestique au Maroc.
De la parole à l’action : Les ateliers pratiques
L’ambition de cette conférence transnationale dépassait le simple constat pour s’orienter vers une résistance coordonnée. Des groupes de travail thématiques ont permis de définir des feuilles de route opérationnelles :
  1. L’assistance médicale : Structuration de l’accompagnement et de la prise en charge des personnes migrantes au sein des structures hospitalières.
  2. Le traitement des défunts et la Commémor’Action : Un atelier animé par Hassane Ammari a posé les bases d’actions de mobilisation pour lutter contre l’oubli et accompagner dignement les familles de disparus.
  3. La solidarité frontalière : Élaboration de structures d’assistance rapide et de mise en réseau en cas de détresse aux frontières maghrébines.
En replaçant la parole des personnes concernées au centre des débats, cette conférence a réaffirmé la nécessité d’une réponse transnationale unie et solidaire face à la militarisation croissante des frontières.

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