DR REEM BOUARROUJ PREMIÈRE FEMME ARABE AU SECOURS DES MIGRANTS EN MÉDITERRANÉE

DR REEM BOUARROUJ PREMIÈRE FEMME ARABE AU SECOURS DES MIGRANTS EN MÉDITERRANÉE

5 min 26Temps de lecture approximatif

La Tunisienne Reem Bouarrouj, médecin d’urgence, est la première femme arabe à avoir opéré des missions de secours en Méditerranée destinés aux migrants clandestins. Elle en garde les traces d’une expérience humaine à nulle autre pareille

Tous ceux qui l’ont écoutée présenter, sur un ton décidé, les chiffres de la migration clandestine en Tunisie lors d’une conférence de presse organisée par le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux (FTDES), ne se doutent pas du degré d’engagement de Reem Bouarrouj pour une cause, qu’elle porte depuis longtemps. Celle de la dignité de milliers d’individus de par le monde fuyant ici la pauvreté et la précarité et plus loin la guerre et les conflits inter ethniques, affrontant par la suite l’enfer des camps de réfugiés libyens et enfin le péril des eaux. Car Reem Bouarrouj, 31 ans, médecin du SAMU, est avant tout une femme d’action. La preuve, elle a pendant trois mois, été sauveteuse en Méditerranée, à bord de l’Aquarius, un navire de recherche et de sauvetage affrété par les ONG Médecins sans frontières (MSF) et SOS Méditerranée.

Si son envie de continuer le combat pour alléger les souffrances de populations vulnérables n’a jamais été aussi forte, elle garde de cette expérience, qui s’est déroulée de mars 2017 à juin 2017, la durée moyenne de telles missions très éprouvantes sur le plan physique et psychologique, des images de détresse inoubliables.

Partir en mission humanitaire est un rêve de toujours chez Reem Bouarrouj. A 27 ans, son diplôme de médecine en poche, elle est emportée par le bonheur le jour où sa candidature est retenue par Médecins sans frontières, en raison d’un CV très fourni, attestant de son engagement auprès de plusieurs associations, dont Médecins du Monde, en tant que chargée de communication. Maitrisant parfaitement l’anglais et le français en plus de la langue arabe, elle s’activera sur l’Aquarius en tant que médiatrice culturelle.

 

 

L’urgentiste Reem Bouarrouj à bord de l’Aquarius

« Je suis la première personne à entrer en contact avec les hommes, les femmes et les enfants embarqués dans de fragiles bateaux de fortune en bois ou en plastique. Lorsque je m’approche d’eux à bord d’un canot, laissant l’Aquarius derrière moi, je dois absolument les rassurer pour garantir que tout le processus de secourisme se déroule bien. Mes premiers mots consistent à leur expliquer qui nous sommes et où ils se trouvent. Je leur distribue les gilets de sauvetage et demande s’il y a des blessés ou des morts à bord, je m’occupe par la suite avec un médecin des femmes et des enfants, tout en signalant au capitaine les diverses données recueillies à propos de la situation des migrants », explique Dr Bouarrouj.

Parmi ses plus dangereuses et complexes missions, Reem Bouarrouj reste marquée par ce qui s’est passé le 23 mai 2017. Son équipe a alors secouru, le long de 36 heures de travail à la chaine, au large des côtes libyennes un record de…1004 personnes en détresse ! En majorité provenant d’Afrique Subsaharienne : Nigéria, Erythrée, Guinée, Cote d’Ivoire, Gambie, Soudan. Ils étaient à bord de onze embarcations, neuf bateaux pneumatiques et deux canots en bois. Alors que les opérations de sauvetage de SOS Méditerranée et MSF étaient engagées, elles ont été interrompues par des tirs d’arme à feu de la part d’un bateau de  garde-côtes libyen. « C’était l’horreur, on entendait des cris de toutes parts, certains migrants plongèrent dans la mer. Par miracle nous avons réussi à sauver tout le monde », se rappelle Reem Bouarrouj.

A côté de son travail de médecin du SAMU, Reem Bouarrouj, occupe aujourd’hui le poste de Chargée de la migration au sein du département de recherche sur la migration du FTDES, une organisation non gouvernementale engagée pour la défense des populations vulnérables. Reem Bouarrouj y dirige un observatoire de la migration.

En Tunisie, terre de départ des clandestins vers l’Europe, le dossier des disparus en Méditerranée reste toujours ouvert. Le gouvernement tarde à donner des réponses à des centaines de familles dont les proches n’ont plus donné signe de vie depuis janvier 2011, lorsqu’au moment de la révolution tunisienne, profitant d’une baisse de la vigilance des gardes frontaliers, 27 684 Tunisiens auraient pris la mer, selon l’agence Frontex, en passant par le canal de Sicile. Environ 1 000 sont morts ou portés disparus. Les mères de ces migrants perdus en mer ou ailleurs -que soutient le FTDES- munies des portraits de leurs fils, continuent à organiser depuis sept ans des sit in de protestation, y compris devant le ministère des Affaires Etrangères, sans que l’Etat ne semble exprimer un vif intérêt face à ce drame. Au cours de la conférence de presse tenue par Reem Bouarrouj il y a deux jours, la militante a tiré la sonnette d’alarme : « En seulement trois mois, de juillet à aout 2017, 1 040 personnes tentant de partir illégalement vers l’Italie ont été arrêtées par la police tunisienne. Ce qui équivaut à une progression supérieure à 1,7 fois par rapport au premier semestre 2017 ». Une vague migratoire que Dr Bouarrouj explique par l’augmentation du sentiment de détresse, de mal être et d’incertitudes économiques chez les jeunes de moins de trente ans pour les quels la transition tunisienne rime avec trahison des rêves et revendications de la révolution tunisienne de janvier 2011.

 

13/10/2017 PAR OLFA BELHASSINE, TUNIS

Publié dans Justice info.net

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*