Solidarité transfrontalière et résistance face à la criminalisation de la migration : Retour sur le Camp de Nantes 2025

Du 5 au 10 août 2025, la Zone à Défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes, située près de Nantes, a accueilli la troisième édition du Camp Thématique Transfrontalier sur la Migration et l’Asile (TSC).
Cet événement d’envergure a rassemblé plus de 750 militants et activistes issus de 100 régions du monde autour d’un enjeu crucial : « l’interconnexion des luttes ». Dans un contexte marqué par l’intensification des flux migratoires et le durcissement des politiques sécuritaires, la délégation de l’Association Marocaine d’Aide aux Migrants en Situation Vulnérable (AMSV) y a mené un travail de plaidoyer et d’alerte de premier plan.
Une répression systémique : de l’externalisation aux violences physiques
Les ateliers du camp ont dressé un bilan alarmant des politiques d’externalisation des frontières européennes. Celles-ci aggravent structurellement la vulnérabilité des exilés, multipliant les risques de naufrages en mer, de détentions arbitraires dans les pays de transit et de disparitions forcées.
Au-delà des barrières géographiques, la criminalisation de la migration et de la solidarité s’impose comme une dérive majeure :
  • Au Sénégal, les participants ont dénoncé le cas d’une personne gravement malade, poursuivie en justice après avoir survécu à un naufrage alors qu’elle cherchait simplement à migrer pour accéder à des soins vitaux en Europe.
  • En Algérie, des migrants ont été arrêtés, frappés et torturés par les autorités après avoir été identifiés par le simple port de bracelets fournis par une organisation humanitaire. Les collectifs d’aide y subissent également de fortes pressions, notamment via la restriction de leurs financements extérieurs afin de limiter leur capacité d’action.
L’AMSV : Donner un visage et une voix aux disparus
L’AMSV s’est distinguée comme une voix centrale durant ce rassemblement. Seule association à disposer d’une grande tente individuelle au sein du « village de la solidarité », elle y a exposé des bannières et des fiches d’identité détaillées (avec photos) de nombreux migrants (marocains, algériens, libyens, soudanais) disparus le cours des traversées.
Sur le terrain du plaidoyer politique, le président de l’association, Hassane Ammari, a activement milité pour la création d’une journée internationale de commémoration des migrants disparus, tout en valorisant les actions de l’AMSV au sein du réseau international « Abolir Frontex 
Le droit comme levier de dignité et outil de lutte
L’assistance juridique aux personnes migrantes a été pensée non pas comme une simple assistance technique, mais comme un véritable outil politique et solidaire. Plusieurs recommandations stratégiques ont émergé des ateliers :
  1. Le déploiement de cliniques juridiques mobiles transfrontalières pour rapprocher les services de défense directement sur le terrain.
  2. La standardisation des formulaires de témoignage afin de consigner rigoureusement les faits et de sécuriser les preuves des violences subies.
  3. L’usage d’outils législatifs nationaux et internationaux, tels que la loi marocaine 64.14 permettant aux citoyens de soumettre des motions pour modifier les lois répressives, ou la saisine directe des comités conventionnels de l’ONU en cas de violations des droits par un État signataire.
Conclusion
Ce camp d’été a réaffirmé que face à la violence des frontières et à la criminalisation croissante de l’aide humanitaire, la réponse ne peut pas être fragmentée ou ponctuelle. Elle doit s’incarner dans une stratégie collective, durable et transnationale unissant avocats, ONG, chercheurs et citoyens pour replacer la justice et la dignité humaine au centre des politiques migratoires.

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